J'ai menti

May 3, 2026

Je venais de passer une semaine à dégouliner de sueur à Singapour, un enfer pour moi. Sale temps pour les bêtes grasses. J’avais tenté de me balader un peu en ville à la recherche de Singapouriennes en quête d’aventure, mais la chaleur m’avait rapidement découragé, et j’ai finalement passé la semaine soit en conférence, soit sur mon ordi à tenter de pirater deux trois conneries.

J’ai honte, mais j’ai dégainé Tinder. Et putain de merde, le nombre de matchs que j’ai eus en Asie c’était incroyable. Vous vous rendez pas compte les nanas, ce que c’est pour nous d’avoir plus d’une dizaine de matchs en une journée. Y’a un petit effet MDMA pas des plus désagréables.

Je considère qu’une des meilleures façons de voyager, c’est de connecter intimement avec les femmes du pays qu’on visite. Les femmes sont organiquement liées, attachées à la terre qui les a vues grandir, et elles portent en elles toute la culture, toute l’énergie qu’on vient chercher quand on voyage. Mais cette fois-ci, j’avais les hormones au taquet et j’étais prêt à toutes les folies pour pouvoir faire l’amour avec une locale, la bonne recette pour un moment très chelou. Et ça n’a pas manqué.

Je bombarde toutes mes prétendantes de messages suaves et sucrés, et l’une d’entre elles, Michelle, semble mordre à l’hameçon plus que les autres. Elle me propose un plan pour le moins étrange, elle est dans un bar avec toutes ses amies à Chinatown, à Singapour, et me propose de les rejoindre. Normalement j’aime les setups un peu discrets, je me demandais si ça allait pas être un peu chelou que je débarque avec mon énergie super testostéronée.

Mais qu’importe, je me mets en route et me laisse guider par mon instinct. Je passe devant le bar qu’elle m’avait indiqué, et je vois une armée de gens qui font du karaoké. Pfffff je le sens pas. Je vais m’acheter un paquet de clopes, j’en fume une, puis deux. Puis je finis par aller dans ce bar, et je cherche ma douce du regard. Je la vois, et je vois une place libre à côté d’elle. Je m’assois à côté d’elle, elle me regarde avec un air interrogatif, et je lui lâche un petit “Excuse me, but you are cute”.

Vous savez, à l’instant où vous avez l’audace d’orienter votre énergie masculine dans les yeux d’une femme, la réponse énergétique est presque instantanée. Soit vous êtes un prospect valide à la reproduction, soit vous allez vous faire foutre. Elle m’a pas envoyé me faire foutre.

Mais comme un énorme connard que je suis, plutôt que de lui dire la vérité et d’assumer que j’allais repartir le surlendemain, plutôt que d’être honnête sur la nature éphémère de notre rencontre, j’ai commis le péché ultime: j’ai menti. Je lui ai fait croire que je venais juste d’arriver à Singapour, et que j’allais m’y installer. Sans le savoir, je venais de planter du poison dans l’interaction.

C’est fou, parce que même si techniquement, le mensonge était parfaitement bien exécuté, les femmes sont des êtres hautement intuitifs, et pour des raisons évidentes liées à l’évolution, elles sont particulièrement douées pour sentir le coup fourré. Encore une fois, je me suis rendu compte que l’obstination compulsive des mâles à se reproduire coûte que coûte sera systématiquement battue par la force féminine. Une démonstration magnifique de leur supériorité dans l’existence.

La tension sexuelle était palpable, presque électrique, mais la belle savait qu’il y avait anguille sous roche, et n’a pas voulu s’engager dans une séance de lutte sous les draps. Même au moment de s’embrasser, alors que je commençais à sentir la chaleur de ses lèvres sur les miennes, elle a eu un réflexe, presque animal, de se retirer. C’était beau.

Mais désolé Michelle de t’avoir menti, je recommencerai plus. En me battant à mon propre jeu, j’ai compris qu’il était parfaitement contre-productif, et j’épargnerai à de futures belles d’odieux mensonges.